Maé a entamé sa rentrée en moyenne section il y a maintenant deux semaines. Elle se retrouve avec la même maîtresse, mais séparée des ses deux acolytes de l’an passé. Un choix volontaire selon l’institutrice, pour favoriser son relationnel.
Deuxième année donc, où je la dépose à l’école deux matins par semaine, et la récupère deux à trois fois le soir. Durant cette période, j’ai pu observer et constater plusieurs choses, dont certains stéréotypes de parents, que je caricature ci-dessous:
- Tout d’abord, il y a la Maman qu’on ne peut pas rater. Mère d’au moins 8 enfants, elle est capable d’en porter deux tout en circulant dans les couloirs de l’école avec une poussette dans lequel dort un bébé (mais combien elle en veut ???). Cette maman de famille nombreuse, c’est l’expérience incarnée. Les écoles, et celle-ci en particulier, elle y vient tous les matins depuis 5 ans ou plus. Elle en connaît toutes les arcanes du fonctionnement, défauts et qualités, elle sait même prédire dans quelle classe sera son enfant l’année prochaine et avec qui… Elle a vu passer 15 instits différents et sait même où ils habitent. On la reconnaît facilement, parce que c’est celle qui parle à tout le monde, et qui monopolise la maîtresse quand son/ses enfant(s) entrent en classe. Celle derrière qui on attend qu’elle termine de raconter sa vie pour qu’enfin on puisse déposer notre loulou et partir au boulot. Celle qui, à 9h30, est encore devant l’école à discuter avec d’autres mamans parce qu’à part rentrer au foyer préparer la bouffe de midi pour 12, elle n’a rien d’autre à faire.
- Ensuite, on ne peut pas non plus manquer le Papa paniqué. Celui qu’on voit rarement, parce que d’habitude c’est la Maman qui emmène le gosse. Sauf que là, la Maman a délégué pour diverses raisons. Du coup, c’est toujours une épreuve pour lui. Il est en charge de lever l’enfant, lui préparer le petit-déjeuner et l’habiller. Maladroit, et timide, en général il s’est mis une telle pression au réveil qu’il est déjà là, devant les portes fermées de l’école, dès 8h30. Tout seul avec son gamin qui a du se lever-se laver-manger-s’habiller en 10 minutes chrono. Cet enfant n’est pas toujours habillé de façon adaptée. Par exemple, les matins d’été, il arrive qu’il fasse légèrement frais. Le Papa déboussolé aura donc tendance à mettre un pull en laine à son enfant et sous-pull. Le souci c’est que 32° à l’ombre sont prévus pour la journée. Mais ça il n’a pas pris le soin de le calculer.
- La Mère cas social maintenant, habillée de façon un peu débraillée et mal coiffée. Généralement elle élève son enfant seule. Elle arrive la plupart du temps après tout le monde, tenant son enfant d’une main, et une Marlboro de l’autre. Revenus modestes (elle est au RMI), et au chômage, elle arrive dans une vieille et petite voiture. Une fois l’enfant en classe, direction le bar pour boire un petit demi et valider ses grilles PMU.
- La Maman qui ne se prend pas pour n’importe qui, arrive dans une grosse voiture de couleur sombre. Tailleur, jupe et talons hauts, on l’entend marcher dans les couloirs de l’école malgré le brouhaha. Elle occupe une position importante dans sa société. Elle sent trop fort le Channel N°5. Elle regarde les gens de haut, et pense que son enfant est de toutes façons bien plus intelligent que les autres. Elle se pose la question depuis 3 ans à savoir si l’an prochain, elle ne l’inscrirait pas dans le privé, parce qu’ici les gens sont sales, ça pue et les classes sont surpeuplées.
- Le Papa gâteau lui, arrive en portant son enfant dans les bras, même si elle a 4 ou 5 ans, il s’en fout. Lui, il est dingue de son enfant, généralement une fille. Lorsqu’il arrive en avance, avant l’ouverture des portes, peu importe, il se dit que ça lui laissera le temps de faire encore quelques bisous et câlins à sa fille, avant d’aller bosser. C’est celui qui lui fait des blagues, planque un bonbon dans la poche de la petite en lui faisant un clin d’oeil, essaie par tous les moyens de la faire rire de bon matin. Une fois l’enfant en classe, il lui fait au revoir de la main avec un sourire niais sur le pas de la porte. Il y reste de longues secondes, quitte à bloquer ceux qui attendent dehors, il s’en fout, sa fille est plus importante. S’il avait pu, il serait resté jusqu’à 10h à observer sa fille en classe. Si l’enfant pleure lorsqu’il s’en va, il a le coeur lourd et le moral à zéro. Lui, en général, arrive en retard au boulot le matin. Lui, c’est moi.



