Dimanche, je me suis rendu dans un magasin de bricolage.
Ca n’a l’air de rien comme ça, tout le monde peut avoir besoin d’un tournevis, d’un clou, d’une ampoule. Mais ce genre de magasin n’est pas pour moi. J’y suis rentré la bouche en coeur: j’en suis ressorti les larmes aux yeux, cherchant fébrilement de l’atarax dans ma poche.
Oh, au début, tout va bien. J’entre, bonjour madame, pardon monsieur en survêtement, et je cherche le rayon « visserie ». J’erre dans l’immense hangar qui tient lieu de magasin, je me perds, je m’agace. En chemin je croise des bricoleurs du dimanche mal habillés, mes yeux commencent à piquer. J’arrive au rayon visserie, la tension monte d’un cran. Des milliers de produits s’affichent devant mes yeux de lapin pris dans les phrases d’un Panzer: des vis à bois, à métal, lisses, chromées, et leurs lots de…chevilles, je crois? Des trucs à mettre dans le mur avant la vis selon la matière dudit mur. Mon sang se glace.
Il en faut plus pour me décourager: j’empoigne un petit sachet et recherche les vis qu’il me faut. J’ai naturellement une oreille qui traîne sur les discussion de mes voisins: je ne saurai les retranscrire ici, les termes étaient trop techniques. Trop incompréhensibles. C’étaient des mots de grandes personnes qui bricolaient, qui construisaient, qui maintenant physiquement leur foyer en bon état. Leurs enfants insouciants jouaient et courraient autour de ces Atlas en survêtements tâchés de peinture.
Stupeur, j’avais moi aussi mon propre chez-moi. A maintenir en état. J’avais cette responsabilité de grande personne qui tenait dans le creux de ma main, sur la forme de vis avec chevilles pour plâtre. Je tremblais. Pas maintenant, pas si tôt! Je suis encore Jeune, Célibataire, et je dois déjà sacrifier mes dimanches à des tâches de Grands?
En hâte, je vais vers la caisse. On me fait remarqué que mon sachet n’est qu’à demi rempli et que je pourrai le remplir pour le même prix. Je prétexte que je suis pressé, bien qu’en fait je ne suis pas prêt à rentrer avec plus de vis. Je n’ai pas encore les épaules. Je ne suis pas encore Grand. Entendant à peine le « tant pis » de la caissière, je me précipite chez moi pour oublier.
Et je recherche les jouets de mon enfance sur ebay.




